Derniers Articles

Les vignerons calabrais protègent jalousement les cépages autochtones et en assurent la transmission aux générations futures
Nouveau poste au Concours Mondial de Bruxelles
07 Déc 22
Les vignerons calabrais protègent jalousement les cépages autochtones et en assurent la transmission aux générations futures
L’avenir des vins doux et fortifiés
04 Nov 22
Les vignerons calabrais protègent jalousement les cépages autochtones et en assurent la transmission aux générations futures
Les Inscriptions sont ouvertes 
27 Oct 22

Les vignerons calabrais protègent jalousement les cépages autochtones et en assurent la transmission aux générations futures

Les vignerons calabrais protègent jalousement les cépages autochtones et en assurent la transmission aux générations futures

Gennaro Convertini est président de l’Enoteca Regionale Calabrese. Il est expert agricole et est en charge pour l’Agence régionale du développement de l’agriculture calabraise (ARSAC) de la promotion du secteur vinicole. Il est aussi président de la Fédération Italienne Sommelier de Calabre.

Une semaine avant le début du Concours Mondial de Bruxelles 2022 à Cosenza, Gennaro Convertini nous propose une description détaillée des principaux cépages calabrais et fait allusion aux avantages et aux inconvénients auxquels on est confronté lorsqu’il s’agit d’en faire une promotion adéquate.

 

– Quels cépages s’adaptent le mieux au le climat et au terroir calabrais ?
– Péninsule du sud de l’Italie, baignée par la mer Méditerranée sur 800 km de côte, on pourrait s’attendre à un climat chaud et sec, mais on se retrouve au contraire dans un territoire vallonné et montagneux sur 91 % de sa surface. La Calabre se situe à l’extrémité de la chaîne des Apennins. Avec ses trois parcs naturels, le Pollino, la Sila et l’Aspromonte qui partent des sommets et descendent vers les deux mers Ionienne et Tyrrhénienne, ils créent autant de paysages différents devenus, au fil des siècles, le berceau de vignobles transmis depuis l’Antiquité. On ne peut donc pas parler de « Vignoble calabrais », mais plutôt des nombreuses expressions du « terroir viticole calabrais », chaque terroir a ses propres cépages de référence et propose une production vinicole exclusive au gré de la culture historique de chaque lieu. C’est pourquoi, dans les vignobles de Calabre, on est confronté à des dizaines et des dizaines de noms de cépages autochtones qui n’ont pas tous encore été complètement explorés ni exploités, mais qui sont jalousement protégés et transmis par les vignerons locaux.


– Quels sont les principaux cépages de la Calabre ?

Comme nous l’avons dit, ils sont nombreux, mais essayons de mentionner ceux dont sont issus aujourd’hui une grande partie des vins calabrais que l’on trouve sur le marché.
Parmi les cépages rouges, le plus cultivé est certainement le Gaglioppo, cépage principal des vins rouge et rosé des AOC Cirò et Melissa, dans la zone ionienne de Crotone. Le Cirò, grâce à l’élégance et à l’équilibre de ses vins, ne renvoie presque pas aux qualités organoleptiques d’un vin du sud. Dans sa version rosé, le Gaglioppo exprime toute sa fraîcheur et son équilibre, ce qui en fait l’un des rosés de pointe sur le marché italien.
Le deuxième cépage rouge le plus cultivé en Calabre est le Magliocco Dolce, typique des territoires de la AOP Terre di Cosenza, une grande zone de production située au nord de la Calabre et qui s’étend du mont Pollino jusqu’à la Sila et d’est en ouest de la mer Ionienne à la mer Tyrrhénienne. Autant de terroirs différents qui se retrouvent dans le verre et proposent de nombreuses « nuances de Magliocco Dolce ». On y reconnait le caractère généreux de la vigne, riche en couleur, en acidité et en tanins qui, lorsqu’ils sont bien équilibrés, donnent des vins de grande structure et longévité.
À Lamezia et sur la « Costa degli Dei« , autour de Tropea, le Magliocco Canino tardif est très répandu. Il est génétiquement différent du Magliocco Dolce, mais tout aussi chargé en couleur et en tannins. Son taux d’acidité naturel nécessite une récolte plus tardive, mais l’attente est récompensée car l’on obtient des vins de garde élégants.
Le Nerello Mascalese (appelé localement Nerello calabrese) et le Calabrese (Nero D’Avola) sont les cépages cultivés dans les zones viticoles autour du parc national de l’Aspromonte dans la province de Reggio Calabria, produits dans l’AOP Bivongi et les IGP Locride, Palizzi, Pellaro, Costa Viola, Scilla et Arghillà.  Ici, les vins rouges alternent entre des expressions plus austères, typiques des montagnes, et des versions plus chaudes, plus salées et méditerranéennes.
Le Greco noir et d’autres cépages mineurs ont toujours joué un rôle secondaire dans les assemblages typiques qui constituent la base des vins traditionnels. Mais ce qui surprend le plus dans les raisins de Calabre, ce sont les nombreux cépages blancs qui, pendant des siècles, ont été cachés au milieu des vignobles destinés à la production de vins rouges, alors que les blancs, toujours présents en plus faible pourcentage, étaient récoltés et vinifiés en assemblage.
Tout d’abord, le Mantonico bianco, encore présent dans des productions de niche, mais destiné à devenir la star des vins blancs de Calabre, grâce à son caractère bien trempé est en fait un  » raisin rouge déguisé en blanc « . Des études génétiques récentes ont établi son origine ancienne, le plaçant parmi les cépages fondateurs de la viticulture méditerranéenne.
Il est suivi du Greco bianco, qui se décline en plusieurs versions, de la plus aromatique de la côte ionienne de Reggio Calabria (qui a la même souche génétique et la même histoire de tous les célèbres malvasia aromatiques de la Méditerranée), à celles que l’on retrouve dans le reste de la région. L’autre cépage blanc à succès, qui a débuté dans la petite région de Savuto Cosentino et qui est maintenant largement cultivé dans toute la Calabre, est le Pecorello, une variété non aromatique qui produit d’excellents vins blancs structurés.
Le spectre des vins blancs de Calabre est complété par deux cépages à l’impact aromatique particulier, le Zibibbo, cultivé sur la « Costa degli Dei » et sauvé de l’extinction par quelques jeunes vignerons locaux, et le Guarnaccia bianca, à la base du célèbre vin blanc sec de Saracena et largement cultivé dans la région de Pollino.


– Dans la région, quel est le pourcentage de variétés indigènes par rapport aux variétés internationales ?
En Calabre, comme dans le reste de l’Italie, au cours des années 90 l’utilisation de cépages internationaux s’est répandue, dans le but de produire des vins modernes très appréciés par le marché de l’époque. Une trentaine d’années plus tard, certains vignerons en ont fait des versions très intéressantes et « typiques », au point qu’ils représentent aujourd’hui des produits phares dans leur gamme de production. D’autres continuent à les utiliser pour les assembler aux variétés locales. Toutefois, la tendance aujourd’hui est de préserver et de mettre en valeur les nombreux cépages autochtones. Nous sommes maintenant arrivés à une situation inverse car les cépages internationaux ne représentent pas plus de 20 % des vignobles calabrais et la baisse continue.


– Quelles sont les principales difficultés que rencontrent les vignerons calabrais pour commercialiser leurs vins ?
– Le manque de notoriété de la Calabre et du vin calabrais entrave la commercialisation des vins. Une autre difficulté est la petite voire très petite taille de la plupart des exploitations viticoles calabraises et, globalement, la faible production de raisins et de vins mis en bouteille qui est dû à une réduction drastique de la superficie des vignes au cours des 40 dernières années. Les petites quantités de vins et leurs mille et unes facettes compliquent l’efficacité d’une communication globale moderne.


– Que font aujourd’hui les producteurs de vin pour promouvoir les vins calabrais ?
– A l’heure actuelle, il n’existe pas de véritable stratégie de promotion des vins calabrais. Les institutions réalisent des actions promotionnelles standard (participation à des foires, événements, accueil dans les propriétés, etc.) réalisées ponctuellement et sans coordination entre les institutions (Région, Provinces, Chambres de commerce, etc.). Les Consortiums, bénéficiaires des ressources du Programme de développement rural (PDR – mesure 3.2) utilisent et dépensent difficilement les quelques ressources mises à disposition par le programme régional de manière intermittente, sans continuité, ce qui est pourtant la condition indispensable pour des activités stratégiques de promotion efficaces. Individuellement, les producteurs se limitent à des actions de marketing d’entreprise, réalisées avec continuité et professionnalisme mais cela ne concerne que les moyennes et grandes entreprises.